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Stratégie Vegetal Native #3 : l’épique Passiflore

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, Vegetal Native s’intéresse à un cas proprement épique. Il s’agit d’une course-poursuite effrénée – sur plusieurs millions d’années quand même – entre une fleur et un papillon. Et oui, ce duo traditionnellement si poétique est en réalité parfois acteur de films d’actions !

Vous allez voir que les deux protagonistes sont d’une puissance absolument extraordinaire lorsqu’il est question de vivre. Mais ce n’est pas tout. L’histoire d’aujourd’hui doit aussi vous amener à mesurer l’impact immense d’une course à l’innovation, sur tout un écosystème ! Vous allez voir.

– Vegetal Native : la stratégie de la passiflore

Vegetal Native - PassifloreIl était une fois une jolie liane qui poussait à l’ombre dans les canopées des forêts tropicales : la passiflore. Cette plante, nous la connaissons parce qu’elle fait de superbes fleurs, mais aussi parce qu’une de ses variétés donne le délicieux fruit de la passion.

A ses côtés vivait un superbe papillon. L’héliconius. Ce papillon avait une petite particularité, c’était qu’il ne pondait ses œufs QUE sur des passiflores. Pas à côté, pas n’importe où, mais uniquement sur les feuilles des passiflores.

Les œufs devenant des chenilles affamées, le résultat pour la passiflore était évidemment catastrophique.

Casus belli : les hostilités commencent

La sélection naturelle faisant son office, la passiflore évolua en réaction à cette prédation. Elle se mit à produire des toxines mortelles pour les chenilles d’héliconius. La vie est cruelle ? A voir. Parce que la sélection naturelle n’est pas bêcheuse et joue indifféremment pour les plantes ET pour les animaux.

L’héliconius évolua donc également pour devenir résistant aux toxines de la passiflore. Et reprit ses pontes de plus belle ! Au détriment de la passiflore donc.

Seulement la liane n’avait pas dit son dernier mot, loin s’en faut !

La course à l’innovation se généralise

Elle développa de nouvelles toxines. L’héliconius s’y adapta. Et encore et encore. Ce faisant d’ailleurs, les chenilles d’héliconius absorbant de grandes quantités de toxines sans mourir… devinrent toxiques à leur tour ! Ce qui eut pour effet de décourager la majorité des prédateurs de ce papillon (manger du poison n’enchante personne).

Et c’est là que ça devient fou ! Les papillons d’autres espèces, voyant que les héliconius n’étaient plus mangés… décidèrent eux aussi d’évoluer. Puisque le “look” de l’héliconius faisait fuir les oiseaux… ils adoptèrent une apparence la plus proche possible de lui.

Ainsi, bien que parfaitement mangeables, ils bénéficiaient de la “réputation” visuelle de toxicité de leur modèle et vivaient plus longtemps ! N’est-ce pas un coup de bluff extraordinaire ? Vous vous rendez compte de l’ingéniosité de ces petites bêtes ?!

La passiflore : maîtresse de la stratégie

Mais revenons à notre passiflore. Bien plus maline que nombre d’entre nous, elle comprit que poursuivre sans fin sa course à la toxicité ne menait à rien. Non seulement le papillon trouvait la parade, mais il tournait tous les efforts de la plante à son avantage.

Elle passa à autre chose. Le papillon la reconnaissait à la forme de ses feuilles, puisque les chenilles résistent aux toxines des jeunes feuilles, mais succombent à celles de feuilles matures. Elle décida donc, en fonction des cas, de changer la forme de ses feuilles ou encore de ne pas produire de jeunes feuilles de façon régulière.

Ainsi, soit le papillon ne trouvait plus son support et ne pouvait plus pondre dessus, soit il devait attendre que de jeunes feuilles poussent. Et la passiflore se débrouillait pour mettre tellement longtemps pour produire ses jeunes feuilles, que le papillon mourrait avant d’avoir pondu !

L’héliconius, la revanche du fils contre-attaque

Vegetal Native - Heliconius Sara

Là encore, l’héliconius semblait être en mauvaise passe. Plus moyen de pondre ! De vous à moi, il aurait pu tenter d’aller pondre ailleurs, mais il fit autre chose. Quelque chose de magnifique. Il alla explorer son environnement et découvrit une psiguria, c’est à dire une liane qui a la particularité de produire un grand nombre de petites fleurs très riches en pollen.

Le papillon s’en gava ce qui lui permit d’étendre son espérance de vie (jusqu’à 6 mois). Suffisamment donc, pour venir voir chaque jour jusqu’à ce que la passiflore fasse pousser de jeunes feuilles propices à recueillir ses œufs (j’en reparlerai mais n’oublions pas que les feuilles d’une plante sont essentielles à son développement).

Et voilà ! Problème résolu… ou pas.

La passiflore, fleur de génie

Vegetal Native - Passiflora Caerule

Nous en arrivons à ce stade de l’histoire, à mon tournant préféré. Ils se sont fait la guerre du poison. La guerre du temps. Des privations. Il y a eu déguisement et imitations. Mais alors que l’héliconius semble avoir tout solutionné… la passiflore utilise l’arme ultime (et si un scientifique passe par là, il va me détester puisque, je le rappelle, ni l’un ni l’autre n’ont de cerveau) !

Puisque l’agresseur résistait à tout, trouvait à chaque fois la parade tant il voulait coûte que coûte pondre ses œufs sur des feuilles de passiflore et donner les meilleures chances à sa descendance (qui peut lui en vouloir sur le principe…), il y avait encore un moyen – génialissime de vous à moi – de le décourager.

Comment faire ? Et bien la brillante passiflore développa sous ses feuilles (là où l’héliconius pond normalement), de petites excroissances jaunes imitant les œufs de l’héliconius. Ainsi, le papillon arrivant sur la plante, avait immédiatement l’impression que la place était déjà prise et allait ailleurs.

To be continued…

Pour ce que j’en sais, le duel en est là de son extraordinaire course à l’idée. Rappelons que tout cela s’est déroulé sur un temps très long et qu’une innovation n’a pas forcément chassé l’autre. Dans cette bataille, il faut également préciser que ce ne sont pas moins de 45 espèces d’héliconius et 150 passiflores qui sont nées. Tout cela en quelques dizaines de millions d’années.

– Climax

N’est-ce pas absolument passionnant ? Cette histoire est à la fois haletante, pleine de rebondissements d’idées… et tellement inspirante pour les entreprises de demain.

Ce que j’y vois comme enseignements, tant au niveau collectif qu’individuel est immense. Et voilà pourquoi je vous invite ici même demain pour lire mon analyse orientée stratégie de cette splendide coévolution.

Vous avez ainsi tout le loisir de rester plongés dans ce feuilleton épique comme après un bon film et de partager vos ressentis en tant qu’humains complets et pas seulement en tant que professionnels.

Alors, vous avez lu les aventures de la passiflore ? Ça vaut le coup ou pas ?

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  1. Carrément j’ai lu et suivi !
    C’est tout simplement génial la façon dont la plante et l’animal s’adaptent, se transforment, trouvent de nouvelles stratégies … pour vivre, et surtout survivre !

    inspirant … je serai là demain pour lire ton analyse orientée stratégie :)

    Merci Yves !

    1. Bonjour Magaly,

      Et il est génial de voir à quel point cette “survie” produit de la richesse biologique. Toutes ces idées, sont tellement brillantes !

      A demain et merci pour tes encouragements !

  2. Quelle histoire passionnante ! Mais quel est alors le grand Secret du vivant pour ainsi évoluer de façon aussi géniale et cela, comme tu le rappelles,…sans aucun cerveau et donc sans forme d’intelligence (connue) ??? On se sent tout petits face à l’Évolution…

    Et pour revenir à mon échelle d’entrepreneure, cette adaptation incessante entre une fleur et un papillon m’a fait de suite penser à la multitude de stratégies que nous sommes obligés d’adopter, nous, les web-entrepreneurs, face aux changements incessants d’algorithmes de google !
    Il y a 10 ans, l’arme ultime du référencement était d’inscrire massivement son site dans des milliers d’annuaires. Google a mis beaucoup moins de temps qu’un million d’années pour contrer cette méthode qui s’est rapidement retournée contre nous, accusé alors de vilains spammeurs !
    Il y a 5 ans, les mots magiques c’étaient “ancre optimisée” et les référenceurs gloussaient méchamment quand il voyait un lien sur l’expression “cliquer ici”. Et voilà que maintenant, Mat Cutts, le porte parole de google, nous suggère gentiment de parsemer quelques liens de ce type….et de ne surtout pas abuser des backlinks trop bien faits !!!!

    Mais bon, quand je lis ton affaire passiflore vs héliconius, alors là, je me dis “MAIS DE QUOI JE ME PLAINS ???” ;)

    1. Bonjour Sandrine,

      Nous abordons là un sujet passionnant : l’intelligence sans cerveau. Finalement, le cerveau est une invention du vivant comme beaucoup d’autres et il s’est passé des choses merveilleuses AVANT son “invention”.

      Ton exemple des e-commerçants est parfait ! Je parlerai demain d’un autre pan de la technique que m’inspire cette coévolution et je suis enchanté de te voir faire un pont de ce genre ! C’est exactement ça Vegetal Native :).

      A demain j’espère !

  3. Bonsoir Yves,

    J’ai tout lu enfin ! dans le désordre, mais tout dévoré !! Et je me suis régalée car passionnée tout comme toi par le biomimétisme, source infinie et hautement inspirante en tant que designer.

    Rapprocher le biomimétisme non plus de la création et de la R&D en matière de matériaux mais du monde de l’entreprise est une découverte passionnante que je suivrai avec grand plaisir.

    Cela mérite dépendant réflexion pour en trouver les bonnes applications dans mon/mes entreprises…

    L’ordinateur neurologique qui me sert de cerveau étant en marche, je te ferai part de mes rapprochements :)

    Excellente soirée à toi !

    Mariane

    1. Bonjour Mariane,

      Je suis heureux que tu ais apprécié ! Par rapport à ce que tu peux utiliser pour tes propres projets, mon ambition est de couvrir un large panel de solutions naturelles sur ce blog bien sûr, mais aussi de développer des outils qui permettent à chaque dirigeant de trouver des métaphores qui lui permettent de mieux comprendre ses problématiques, sa situation et de mieux bâtir son avenir.

      A quelle échelle se situer (microscopique, plantes, insectes, mammifères, reptiles etc.) en fonction de mes interrogations ? Quels modèles utiliser ? Quels règnes peuvent me donner les clés d’accomplissement de mes projets ? Voilà l’idée fondatrice.

      Nous auront l’occasion d’en reparler :)

      Merci de ton enthousiasme et à très vite Mariane !

  4. C’est dommage de présenter tout cela sans jamais parlé du processus d’évolution. Comme si le papillon choisissait de ressembler à un Heliconius, comme si la passiflore choisissait de devenir toxic. La réalité de l’évolution par hasard de la mutation et séléction naturelle est toute aussi jolie. Accordé cette évolution au raisonnement de ces être vivants plutôt qu’au Darwinisme est triste.

    1. Vous avez raison, l’héliconius et la passiflore ne choisissent pas. Mais moi oui. Et lorsque j’ai choisi de parler de cette coévolution, j’ai aussi pris le parti de la raconter ainsi, pour que tous ceux qui n’ont aucune connaissance scientifique puissent en profiter.

      J’assume cette liberté de ton. Je prends plaisir à raconter et à retenir les détails qui m’inspirent et qui m’amènent à des réflexions stratégiques pour les entreprises que j’accompagne.

      Donc même si les plantes n’ont pas de cerveau, même si l’évolution est une chose merveilleuse et qu’elle constitue une épopée formidable que je ne renie pas une seconde, j’ai choisi d’écrire cet article comme ça. Pour moi donc, ce n’est pas triste, c’est une fête.

  5. “Mais où vont ils chercher tout ça?” Je parle des passiflores et des héliconius, mais aussi de toi, Yves. OU trouves tu ces informations aussi passionnantes qu’exotiques? Dans une de ces fleurs, le poison pour certains insectes est un sédatif léger, antispasmodique (Passiflora Incarnata L). Je suppose que tout est dans la dose relative au poids..
    Je m’en vais lire la suite, mais j’en tire déjà une conclusion, la compétition peut être autant la cause d’une extinction, que d’une évolution! Vive la coopétition…