Est-ce qu’on perd en crédibilité quand on raconte son histoire ?

Moi par exemple, je m’acharne à montrer à quel point je suis compétent, créatif et utile. Je n’ai aucune difficulté parce qu’après tout, je suis là pour donner envie, pour inspirer, pour démontrer une hauteur de vue, de la confiance. Je suis fait pour ça et ça va tout seul… voilà voilà.

Je me souviens en août 2009. J’avais 24 ans. Une famille, un bébé, pas de travail, une maladie grave dans la maison. Il m’est venu l’idée entêtante que pour mes 25 ans, je voudrais avoir enfin terminé un livre… Il me restait 5 semaines.

A raison de 10 heures par jour, j’ai écrit sans arrêt. Pour m’évader, pour avancer, pour me défier, pour réaliser cette chose alors que jusque-là je n’avais écrit que des bribes, quelques nouvelles, pas plus de deux ou trois pages.

J’ai terminé les 160 pages de « La fontaine des aveux » la veille de mon 25e anniversaire. L’histoire d’une quête de rédemption, la tentation d’effacer par un coup de magie les erreurs du passé, le roadtrip initiatique et aventureux d’un homme qui allait découvrir le monde et quitter son nombril. Je ne l’ai à ce jour jamais proposé à la vente… Du coup, ma situation matérielle n’avait pas évoluée. Je m’étais prouvé que je pouvais aller au bout d’une longue histoire. J’avais expérimenté la vie d’écrivain. Mais non, ma situation matérielle n’avait pas évoluée.

En 2010, je créais Terre de blogs. Après avoir vu au Musée Grévin où j’avais été webmarketer, des artistes et artisans de grand talent mais incapables de mettre en valeur leur travail, j’avais eu l’idée de proposer à ces gens la mise en place de blogs professionnels pour leur donner l’espace nécessaire à cette expression libre.

L’affaire ne fonctionna pas. Les premiers retours avaient été durs, critiques, violents et j’étais démoralisé. Mais j’avais sauté le pas de créer un embryon de structure. Je savais comment faire. Ma situation matérielle n’avait toujours pas évoluée, mais c’était encore un pas de franchi.

A ce moment, je me dis qui si cela ne fonctionnait pas, c’était parce que je m’étais caché derrière un nom, un paravent. Je décidais alors de donner mon propre nom à mon entreprise. Impossible de se cacher. Comme ça lorsque j’écrirai, lorsque je prendrai la parole, je serai en première ligne. Impossible alors de se cacher. Yves Bonis Conseil était né.

Un blog, un premier livre, « Mon entreprise me ressemble », rassemblant les valeurs essentielles pour moi chez un chef d’entreprise, les premiers clients. Ma situation matérielle avançait enfin un peu. Premières formations dispensées, premières conférences. Et le début de nouvelles prises de tête.

Inspirer ou être plagié ? Le sentiment d’injustice qui accompagne la sensation de lire mes propres mots dans les offres d’autres. Illusion ou pas, la douleur était réelle.

Je décidais alors de chercher à innover sans cesse. A tout prix. Dans une paranoïa terrible, je me forçais à concevoir du nouveau sans arrêt pour « garder une longueur d’avance ». Avec pour conséquence de complètement brouiller mon offre. Au lieu de dessiner une expertise franche et forte, je changeais de direction tous les mois. Je me détachais de mes concepts pour les esquisser et les laisser en pâture à qui voudrais tandis que je développais l’idée suivante. Oh j’en avais sous le pied. Le sens de la formule était là aussi…

Ce fut une stratégie catastrophique. Des résultats catastrophiques. Un aveuglement redoublé. Une descente en flèche.

Jusqu’en hiver 2015. La Crise avec un grand « C ». Tout allait mal. Toutes les dimensions de ma vie. Famille, finances, confiance, vie sociale. Tout s’écroulait.

J’avais conçu, j’avais écrit, malgré la connaissance du risque j’avais laissé le travail envahir toute ma vie, j’avais angoissé jusqu’à exploser et tous mes démons prenaient chair d’un coup. Plus de force, plus de volonté et bientôt plus rien d’autre non plus si j’en restais là.

Il aura fallu quelques grandes leçons de courage données pas mes plus proches pour ouvrir les yeux : soit je laissais le cycle s’achever et exploser, soit je décidais qu’il devait en être autrement.

J’ai appris à appeler à l’aide et on m’a répondu. Alors j’ai tout reconquis. Famille, finances, confiance et finalement vie sociale en créant la possibilité d’un déménagement en août 2016 à Lyon. Là où je voulais être depuis 2007. Presque 10 ans.

J’ai vécu tout cela et j’ai essayé de n’en rien montrer. Pourtant, tout cela m’a forgé et fait aujourd’hui partie de moi. Tout cela est désormais inscrit dans mon histoire et explique l’homme que je suis.

Pourquoi cela n’était-il pas écrit ? Parce que qui voudrait s’intéresser à un homme qui lutte pour les siens avec tant de maladresse ? Qui voudrait travailler avec ce gars-là ? Qui voudrait échanger avec un homme aussi faible ? On n’a pas le droit d’hésiter, d’échouer ou d’avoir peur quand on conseille les autres, quand on a une famille, quand on est adulte et responsable.

Pourquoi cela est-il écrit maintenant ? Parce que droit ou pas, tout ça c’est moi. Ces aventures-là font que je comprends les épreuves de mes clients de l’intérieur. Les erreurs, les combats etc. et qu’aujourd’hui, je suis capable de leur dire que je sais ce qu’ils éprouvent ou ont éprouvé. Du coup, j’associe mon vécu au leur pour les faire avancer. La relation est incomparablement plus forte et je me sens infiniment mieux en le disant qu’en le cachant.

Normalement, j’aurais dû attendre un énorme exploit pour dire « nan en fait vous savez, tout n’a pas toujours été facile… ». Ou qu’un biographe décide de raconter mon histoire en disant « découvrons ensemble les coulisses du retentissant succès d’un homme… ».

Mais je peux vous dire d’expérience qu’attendre pour parler… ça ne sert à rien !

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