Laissez-moi vous raconter l’histoire d’un homme.

Il avait visiblement tout pour lui. Il était grand, il avait un physique agréable, il était intelligent, talentueux et foncièrement gentil. Il était aimé et apprécié pour ce qu’il faisait, avait une famille formidable qui lui rendait tout l’amour qu’il éprouvait pour elle. On attendait même ses interventions avec impatience et enthousiasme.

Cependant, il avait un problème. Un vrai problème. Il était persuadé que les toute petites obligations qui étaient les siennes étaient de véritables montagnes. Il pensait à elles jour et nuit. Il ne vivait qu’à travers la peur d’être écrasé par ces immenses rocs qui barraient son chemin. Qui bouchaient sa vue.

Un jour cependant, alors qu’il voyait ces montagnes devenir de terribles volcans prêts à le réduire à néant, alors qu’il les sentaient gronder et remuer le socle sur lequel il se tenait,  alors que la peur qui l’étreignait, le clouait sur place et l’empêchait d’avancer, il décida de raconter son histoire.

A haute voix d’abord. Juste pour lui-même.

Et racontant son histoire, il s’entendit parler de ces volcans comme de toutes petites obligations. Il s’entendit parler de sa peur comme de lunettes grossissantes et déformantes qu’il avait chaussées par réflexe. Il se rendit compte enfin que si elles lui apparaissaient comme de terribles volcans grondants qui bouchaient sa vue et le clouaient sur place, ce n’était que parce qu’il avait cessé de marcher sur son chemin, s’était baissé pour les regarder de plus prêt et qu’ainsi, il leur avait donné une importance démesurée.

Alors il se redressa et se rendit compte qu’il ne faisait que regarder de tous petits cailloux. Il constata qu’il était beaucoup plus grand qu’il ne le croyait et que par le conte, il avait redonné à ses obligations leur juste place de tous petits cailloux.

Il se rendit compte que ces cailloux n’obscurcissaient en rien son chemin et que, débarrassé de ses lunettes grossissantes et déformantes, sa vision devenait lointaine et belle. Que son chemin était dégagé, serein et remplit de belles personnes à rencontrer, avec lesquelles avancer.

Il comprit alors deux choses fondamentales. La première, c’était qu’en racontant son expérience, il redonnait aux choses de la vie leur juste place.

La seconde, était que bon nombre de ses contemporains étaient encore baissés à regarder avec de grosses lunettes, de tous petits cailloux qu’ils prenaient pour immenses et inexpugnables.

Il décida alors de raconter son histoire une seconde fois. Publiquement. Pour que son expérience profite à ceux qui, sur le chemin, louchaient en tremblant sur de simples cailloux. Et pour leur permettre de raconter eux aussi. Afin de les amener à se relever, à constater leur propre grandeur et à retrouver la vision de leur propre chemin.

Il se rendit compte finalement, qu’il avait déjà fait cela une bonne partie de sa vie sans vraiment comprendre la portée de son action. Parce qu’il était trop occupé à regarder les cailloux avec des lunettes dont finalement il ne voulait pas. Et il comprit enfin la vraie force des histoires et qu’il était fait pour les conter.

Photo Unsplash via VisualHunt

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